• Al luenh, ma colèra - Au loin, ma colère...

     

     Au loin ma colère gronde : comment pourrais-la porter, la contenir si elle restait seulement en moi ? Comment y survivrais-je ?

     Elle s’étend donc, par delà les places désertes et les ruelles étroites que la vie abandonne, suivant le flux ininterrompu des automobiles qui ravagent les quartiers périphériques de leur traîne de carbone, elle court les faubourgs coincés entre ville et rocade, poursuivant son cheminement jusqu’aux lieux mêmes de sa cause : supermarchés, galeries marchandes, «retails parks» et autres aberrations qui dévorent terres et paysage. 

     Plus loin encore, elle n’aura d’autre choix que de s’éparpiller, à l’image de cet habitat diffus qui réfute l'imaginaire et mite tout un espoir : celui de rues joyeuses où résonneraient des voix d’enfants, de musiques douces et de parfums inconnus, de rencontres inattendues, de rêveries et de mystères.

     

     

     


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  • Calabrun

    Aici, dins lo ser morissent

    espelísson las lagremas,

    ont l'espèr ven coma peiras

    sus los sòmis que s'atudan

     

     

     


    4 commentaires
  • Marie René

        Marie, René,

       Il aura suffi que je passe devant cette maison claire pour que vous sortiez des limbes de l'incertain : ces volets clos surannés de vert, cette tuile rouge comme l'Espagne qu'elle porte, vos prénoms enchaînés vers une destinée ascendante, tout m'incitait à m'arrêter devant "chez vous". J'ai donc pris comme gêné cette unique photo, comme si vous y étiez encore : vos lettres de fer n'étaient-elles pas encore là pour me le rappeler ?

       Pourtant je regrette ma précipitation à cet instant-là, dont j'aurais voulu qu'elle ne fût pas au détriment de la qualité de l'image : en me plaçant face à la fenêtre, j'aurais à l'évidence évité le léger déport des lignes de fuite que maintenant j'observe et je déplore... Dois-je revenir avant qu'il ne soit trop tard ? A vrai dire, je ressens planer une menace sur cette façade que vous auriez voulue immuable : son ravalement aura lieu, tôt ou tard, dans six mois, dans dix ans. Et avec disparaîtront vos quelques marques.

       Si je m'adresse à vous aujourd'hui, c'est justement que je ne saisis pas bien la raison de votre démarche. N'y voyez pas là une quelconque ironie de ma part ou un amusement de passage, non, je suis simplement troublé et je vous saurais gré d'accepter ces quelques hypothèses...

       En vous affichant de la sorte, proclamiez votre bonheur à la face du monde ? Vouliez-vous lier indéfectiblement votre destinée à celle des murs, par delà le temps et la mort ? Cherchiez-vous à faire se confondre la maison physique avec la maison symbolique, la famille, la maisonnée ? Etiez-vous mûs par un élan d'amour protecteur, si par exemple ces prénoms n'eussent pas été les vôtres mais ceux de vos enfants ; mais alors à qui je m'adresse ?

       Certes vous avez ancré votre lien dans la pierre, mais vous n'échappez pas aujourd'hui à une forme d'anonymat que vous n'aviez peut-être pas envisagée : ces prénoms qui sonnaient en vous telle une évidence, que signifient-ils aujourd'hui ?

       Dans la rue ce jour-là, personne, seulement quelques curistes qui rejoignaient leurs petits meublés. Les maisons adjacentes, toutes fermées. Quel voisin aurait-il pu me renseigner, si tenté qu'il en fût un dernier pour se rappeler quelques passages de votre modeste histoire ?

       Ainsi le mystère que vous avez su éveiller en moi se maintient-il pour quelque temps encore.

       Croyez bien en ma considération intriguée,

       Bien à vous,

                                                                                                   O.D.

     


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