• Passé composé 2

    Des vestiges des jours que les vents disséminent

    en ce jardin rentré où erre ma raison

    j'extrais je consigne j'archive et parchemine

    mille éclats fossiles d'astres sans horizons.

     

    Comme le sel d'argent révèle en chambre noire

    les détails ignorés que l'ombre n'a vaincus

    je fixe en mes pages ce que je n'ai pu voir :

    force fulgurances qui publient le vécu.

     

    Débordant de son lit roulant mille galets

    j'entends je vois rugir l'Orb fou de sa colère

    quand l'orage a voulu de l'été se défaire...

     

    souvenir d'un autre dont l'art s'en est allé

    puisant aux mystères dont j'écris la brillance.

    Qui serais-je sans eux moi qui rêve en conscience ?

     

     

     


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  • Tu es un rêve enfui dont je recueille avide

    la lumière ténue et les faibles indices.

    Me voici explorant les lieux les pièces vides

    où de rares vestiges émergent de l'abysse.

     

    De toi ne luisent plus que les hauts souvenirs

    qui t'unissent à ceux que préserve la vie.

    Mais que sont les secrets que tu n'as voulu dire

    les minutes cachées que la mort t'a ravies ?

     

    Ta mémoire est d'ombre comme elle s'est enfuie,

    je cours toujours après, hanté par le mystère

    du noir de tes pages que les pluies délavèrent.

     

    Mais à te rechercher je me perds dans la nuit

    de mon propre passé où viennent s'associer

    les images perdues de nos âmes liées.

      

     

     

     

     


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  • Les voici partis pour la ville industrieuse qui les demande, qui les espère. Eux, enfants de la terre, ils fuient cette vie simple et austère dont les crises et les guerres auront eu raison, ils s'en vont pour des horizons sans arbres où fument les usines tout à leur vacarme.

    Un plan en dollars aura fait le reste,

    aliénant le sillon et l'étable à sa vérité mécanique... toute une modernité qui bat désormais la campagne : emprunt, rendement, remembrement !

    Eux, petits parmi les petits que ces mots réduisent, délaissent l'étroit lopin et le maigre troupeau pour une vie qu'ils voient meilleure, emportant seulement le souvenir déjà lointain d'un frère ou d'un père tombé sous la mitraille et l'éclat des obus.

    Aussi viennent-ils humblement frapper à la porte d'un sous-directeur, d'un contre-maître, et sans un mot sans un soupir ils rejoignent la chaîne bruyante ou le cliquetis d'un bureau.

    Ils sont la France de demain qui oubliera d'où elle vient.

    Regrettent-ils parfois les nuances délicates d'un toit de lauze ou encore l'âcre fumée des veillées ?

     

     

     

     

     

     


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