Partir benlèu
Tu déconstruis l’amour comme tu le hais, ce petit parfum insaisissable de la vie qui échappe à ton
analyse froide.
De tes mots puissants tu dissèques les âmes blessées qui s’en remettent à toi confiantes comme
autrefois les fidèles à monsieur le curé : dans la pénombre de ton confessionnal,
altier, impénétrable, tu insuffles la bonne parole que tes prophètes ont édictée.
Ô Freud, Ô Jung, Ô Lacan !
A Dieu la dîme et le denier, à eux tes séances tarifées : tu fais commerce de ton système éprouvé,
apposant ton emprise sur la douce musique des jours.
Tu substitues à l’indicible mystère les croyances obscures, dont l’esprit s’éprend pétri
de nouvelles espérances dont tu jouis d’avoir scellées.
Tu enfermes dans le cercle vain de l’errance et du cynisme,
tu éloignes du réel que contrefait le miroir de Narcisse.
Tu dénudes, tu t’empares, tu te joues, tu défais ce que la Poésie a si patiemment édifié.
Insinuant le doute et le silence au milieu des cœurs désolés, tu épands ta brume viciée sur le bleu
intense de la mer.
Ainsi va la vie, mutilée, empesée des superstitions dont tu persuades au nom d’une fausse science
les enfants égarés.
Ah, religions je vous hais d’autant plus quand vous avancez masquées !
Hier, vous condamniez au bûcher, aujourd’hui vous désespérez !