Partir benlèu
Sous la caresse du jour qui décline en nuances changeantes
comme autant de soupirs que recouvrent les ombres,
survient en un instant le règne éphémère
de l'équilibre des tons :
harmonie fragile du chaud et du froid
où soudain avenir et passé donnent à se confondre.
Et dans ce glissement du rapport au temps,
c'est le présent qui s'estompe...
Alors peut-on observer le monde,
détaché
des souffrances qui empèsent,
des volontés qui échappent,
des contingences absconses...
Moment fugace à vrai dire... et rien pour suspendre ce qui s'enfuit déjà :
les ténèbres puissantes ont tôt fait d'accomplir leur oeuvre gloutonne,
il s'agit de reprendre le cours indomptable de la vie.
A l'horizon, un cargo poursuit sa route sous les étoiles naissantes :
comme elles il ne sera bientôt plus qu'un point lumineux plongé dans l'encre noire.
Et quelque part au loin, les clameurs d'une fête qui appellent à la rejoindre...
[à suivre, peut-être...]