Partir benlèu
Les voici partis pour la ville industrieuse qui les demande, qui les espère. Eux, enfants de la terre, ils fuient cette vie simple et austère dont les crises et les guerres auront eu raison, ils s'en vont pour des horizons sans arbres où fument les usines tout à leur vacarme.
Un plan en dollars aura fait le reste,
aliénant le sillon et l'étable à sa vérité mécanique... toute une modernité qui bat désormais la campagne : emprunt, rendement, remembrement !
Eux, petits parmi les petits que ces mots réduisent, délaissent l'étroit lopin et le maigre troupeau pour une vie qu'ils voient meilleure, emportant seulement le souvenir déjà lointain d'un frère ou d'un père tombé sous la mitraille et l'éclat des obus.
Aussi viennent-ils humblement frapper à la porte d'un sous-directeur, d'un contre-maître, et sans un mot sans un soupir ils rejoignent la chaîne bruyante ou le cliquetis d'un bureau.
Ils sont la France de demain qui oubliera d'où elle vient.
Regrettent-ils parfois les nuances délicates d'un toit de lauze ou encore l'âcre fumée des veillées ?