Partir benlèu
Austère, il frémit pourtant de sa vie intérieure où s'écoule la sève comme entre les lignes d'un livre.
Il abandonne au corbeau le privilège de sa ramure qui grandit et s'étend, quand ses racines plongent
dans les entrailles du temps.
Son ombre étale est le théâtre de siestes légères, d'amours secrètes, d'embuscades et de jeux d'enfants,
parfois c'est la mort qui vient se pendre à ses branches : il est le gardien inerte de souvenirs
qu'il délaisse à la mémoire fragile des hommes.
Jamais il ne pense, jamais il n'espère, tout juste il attend.
Et quand la caresse du vent se fait morsure dans l'or et le sang, c'est un cri qu'elle lui arrache,
une complainte, un hurlement : il est le fau et pour d'autres le fou, il est le hêtre au tronc d'argent.