Partir benlèu
Ce serait un soir, dans l'été finissant. J'aurais rassemblé quelques affaires, réglé ce qui pouvait l'être, et laissé tout le reste en suspens... puis j'aurais passé un long moment à feuilleter les albums-photo, jeté un ultime regard depuis la fenêtre qui donne sur la rue : les mêmes passants, les mêmes autos garées sur le trottoir, et les derniers feux du jour venant balayer la grisaille des murs.
Dans la maison, un silence qui en appellerait un autre, celui d'une absence à venir. Et tous ces objets accumulés au fil d'une vie : des meubles, des livres, des bibelots qu'on ne regarde plus, jusqu'à ce coupe-papier que m'avait donné Papa, dont il me disait provenir de l'aluminium d'un Corsair tombé sur les rivages de la mer de Chine. Les photos et les dessins : visages familiers, horizons d'aquarelle. Tant de choses que je serais amené à ne plus fréquenter. Et autant de souvenirs en partance, avec lesquels je finirais par me confondre : les rires, les pleurs, les joies et les peines, et par dessus tout ces petits riens qui font la vie et pour lesquels on n'imagine jamais qu'il y aura une dernière fois.
Tu les connais tout autant que moi, ils me sont aussi chers que tu peux l'être.
Le temps pourrait alors commencer son oeuvre, recouvrant tout cela de son voile d'oubli...