Partir benlèu
L'âme grise d'un parc. Une femme égarée dans ses pensées. Un banc vide. L'épais feuillage d'une haie, voile opaque des rêves distants. Par delà, tout un manège d'enfants.
Aux âpres versants de contrées oubliées s'agrègent les nuées sous d'obliques clartés.
A toi belle d'un jour qui dans l'éclat des mots me rendis à l'évidence de ta lumière
Sous les voûtes élancées et les architraves, telle une prière perdue, plane une rumeur sourde qui se dissout en volutes de songes.
D'un autre temps, d'un autre monde, une pierre sommeille dans le sous-bois, autel cupulaire des cultes anciens. Ici veillent les dieux à jamais tapis dans l'ombre d'une mémoire éteinte.
Eloge des songes où l'on évade en de solitaires incartades, loin des murs austères, loin des tracas. Habiter son âme comme on habite une caravane, c'est délaisser l'ennui létal ou la promesse d'une mort vaine.
C'est un chemin perdu où passe l'ombre du temps, loin des convoitises de tous les marchands de vent.
Je t'ai cherchée à ta source-fontaine, ombre chantante de mes souvenirs d'enfance. Dans le bruissement de l'eau claire j'ai cru percevoir la musique diaphane d'un monde à jamais enfui.
Livrées à l'inexorable emprise du temps, gisent les reliques anonymes et incertaines de ce qui fut.
Un rêve austère aux accents de pierre me conduisit aux portes de ton insondable absence. Me guettais-tu dans la pénombre de ta vie ? Qu'avais-tu donc laissé derrière-toi ?
Silence des ondes où s’allongent les ombres sur nos amours inertes : Essaimées au gré de vents virtuels, égarées dans les flux binaires, elles s’exhibent anonymes et nues. Silence sournois qui étouffe le vrai et pourtant le dévoile. Sur les allées et...
Ombres du ciel, reflets du temps, miroir profond, sentier sous l'onde, plaines du Sidh : de la clarté aux ténèbres et des ténèbres vers la Paix.
Âmes mortes ne retenez plus vos larmes depuis l'abîme insondable de l'oubli. Notre liberté, prix de vos sacrifices, fut bradée pour de bien vils et marchands allants. Fi !, l'honneur et la gloire qui drapèrent vos funestes destinées !
Dans les ruelles et les passages résonne encore l'ombre fraîche des clameurs d'enfants.
Que deviennent les couleurs intenses de ce qui fut, dès lors que les recouvre l'épais voile du temps ? Échappées dans l'abîme éternel de l'instant, leurs reflets changeants s'étiolent en nos mémoires. Quoi d'autre que l'Art pour en sublimer le songe...