Partir benlèu
Elle en conserve les parfums, elle en préserve les manières, elle en exhibe les symboles, elle en revendique les vertus : sous les atours de la démocratie républicaine dont elle se drape, qui se cache que je ne saurais voir ?
Et du vermillon des tapis aux dorures des palais, au son du clairon, à l'éclat des sabres, devant la flamme du Combattant, sous les couleurs que l'on hisse, de haies d'honneur en accolades solennelles, elle s'affiche au gré des ondes complices, servant au peuple -à défaut de le servir- la comptine ripolinée des artifices.
Aussi pousse-t-elle la contrefaçon jusqu'à fabriquer quelque héraut dont elle aura soigné l'image : voici qu'elle avance masquée, l'innommable !
A tous les incrédules, aux indélicats, aux mauvais coucheurs, elle aura beau jeu d'opposer la légitimité d'un scrutin façonné aux injonctions de la peur : depuis le cercle étroit des initiés, dans l'entre-soi des salons, elle gouvernera à sa guise observant hautaine les gesticulations empressées de parlementaires donnant l'opérette.
Et dans ce flamboyant décor, combien de trahisons encore et de rêves avilis avant que le souffle chaud des consciences ne s'éveille, combien de jours avant que ne se dresse le front du refus : refus du travail qui abîme, refus de l'argent qui écrase, refus du mépris de la jeunesse, refus du massacre de la nature ?